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Revue Sciences Sociales et Santé Mir@bel
Numéro vol. 40, no 1, mars 2022
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  • Réparer les vivants plutôt que les torts. L'organisation de la médecine hospitalière et la sous-déclaration des hémopathies professionnelles - Sylvain Brunier, Jean-Noël Jouzel, Giovanni Prete p. 5-30 accès réservé avec résumé avec résumé en anglais
    Les procédures d'indemnisation des maladies professionnelles donnent aux médecins un rôle d'intermédiaires incontournables. Or ces derniers s'engagent très peu dans la déclaration de ces maladies, contribuant de ce fait à leur sous-reconnaissance. Si le défaut de formation et la distance sociale entre médecins et patients sont fréquemment invoqués pour expliquer ce faible niveau d'engagement, nous proposons ici de le replacer dans le cadre plus large des logiques organisationnelles qui structurent les activités de soin, à partir d'une enquête qualitative et quantitative portant sur une spécialité hospitalière, l'hématologie. Nous rendons ainsi compte de la manière dont l'organisation hospitalière limite la capacité des hématologues à repérer et déclarer les maladies liées au travail.
    Workers' compensation schemes for occupational diseases give doctors the role of key intermediaries. However, the latter are very little involved in the reporting of these diseases, thus contributing to their under-recognition. While the lack of training and the social distance between doctors and patients are frequently invoked to explain this low level of engagement, here we propose to place it in the broader framework of the organizational logics that structure care activities. Drawing on a qualitative and quantitative survey of a hospital specialty (hematology), we show how hospital organization limits doctors' ability to identify and report work-related diseases.
  • La sous-indemnisation des maladies professionnelles : un point de vue épidémiologique : Commentaire - Marcel Goldberg p. 31-39 accès réservé
  • Des dispositifs participatifs au service d'une vision extensive de la santé : la division du travail de participation au sein de maisons de santé - Noémie Morize p. 41-66 accès réservé avec résumé avec résumé en anglais
    Le secteur français des soins primaires connaît ces dernières décennies un processus de régulation au travers de plusieurs dispositifs. Parmi eux, les maisons de santé visent à réunir des professionnels de santé libéraux afin de prendre en charge les patients de manière collective. Ces professionnels de santé sont incités à développer, via un projet de santé, des démarches de prévention, d'information ou d'éducation du patient. Dans certaines maisons de santé, cette attente se traduit par la mise en place de dispositifs participatifs associant des travailleurs bénévoles. Au sein de ces regroupements de professionnels libéraux valorisant fortement leur autonomie, l'association de travailleurs bénévoles peut sembler paradoxale. Comment ces dispositifs se développent-ils au sein de MSP libérales ? Quel travail découle de leur mise en place et comment est-il divisé au sein des MSP ? Cet article s'appuie sur une trentaine d'entretiens et sept journées d'observation, menés au sein de douze maisons de santé en 2019. Il montre que ces dispositifs participatifs sont hétérogènes et occupent une place marginale dans les organisations enquêtées. Ils consistent en un pas de côté par rapport à la dimension curative de la santé, et répondent à des objectifs de santé publique. La division du travail lié à ces dispositifs se recompose, selon les configurations d'acteurs, entre libéraux, salariés, et travailleurs bénévoles. Si ces dispositifs ne modifient pas les hiérarchies professionnelles existantes, ils contribuent à étendre le domaine d'intervention de la santé au travers d'une séparation marquée entre sa dimension curative et sa dimension sociale.
    Over the last two decades, the primary care sector in France has been regulated through several apparatuses, one of which is multidisciplinary group practices. This setup aims at bringing together private health professionals to work in a more participatory manner through projects focused on prevention and education campaigns, campaigns in which volunteers could be involved. Surprisingly, private health professionals embrace this kind of setup in which they have to give up some of the freedom they value so highly. How do these apparatuses develop within multidisciplinary group practices? What does their implementation entail in terms of work and labor division? This article is based on approximately thirty interviews and seven days of observation conducted in twelve multidisciplinary group practices in 2019. The article defines the participatory apparatuses and then shows their marginal place in the organizations studied. The article also demonstrates that the apparatuses put in place are primarily meant to answer public health needs rather than medical care ones. Moreover, the labor related to these apparatuses does not challenge existing professional hierarchies, but rather extends the domain of the implementation of primary care actors, and contributes to extending health intervention through a labor division between the curative and social dimension of health.
  • La participation des usagers/habitants à un projet de santé en équipe coordonnée, une utopie réalisable : Commentaire - Didier Ménard p. 69-74 accès réservé
  • Entre conservatisme et gradualisme : Les configurations médicales du « transsexualisme » en France (1950-1970) - Jean Bienaimé p. 75-100 accès réservé avec résumé avec résumé en anglais
    L'article explore les controverses qui, dans la France des années 1950-1970, ont porté sur la légitimité de répondre aux demandes de changement de sexe par interventions hormonales et chirurgicales. À partir d'une analyse de la littérature médicale, cette étude identifie les manières dont les médecins ont fait face à trois interrogations majeures : des questions ontologiques, relatives aux façons de typifier ce que sont les personnes trans' et d'expliquer causalement le phénomène, des questions épistémiques, touchant à la détermination des savoirs et des formes d'objectivité pertinentes, et enfin, des questions d'ordre téléologique concernant la nature des finalités attribuables a la médecine et la définition d'options thérapeutiques. C'est au croisement de ces interrogations que se sont dessinées deux configurations normatives autour du « transsexualisme » : l'une conservatrice, l'autre gradualiste.
    The article explores the controversies that took place in France between 1950 and 1970 over the legitimacy of responding to requests for a sex change through hormonal and surgical interventions. Based on an analysis of medical literature, the article identifies the ways in which French doctors have faced three major questions: ontological questions, relating to the way of typifying what trans people are, assigning them a number of qualities, and causally explaining the phenomenon; epistemic questions, which concern the determination of knowledge and relevant forms of objectivity; and finally, teleological questions concerning the types of purposes to attribute to medicine and the definition of therapeutic options. It is at the crossroads of these questions that two normative configurations have emerged around “transsexualism,” one conservative, the other gradualist.
  • Aux origines du « transsexualisme » en France : une réticence psychanalytique - Arnaud Alessandrin p. 103-109 accès réservé