Contenu du sommaire
| Revue |
Sociologie du travail |
|---|---|
| Numéro | vol. 67, no 1, janvier-mars 2025 |
| Texte intégral en ligne | Accessible sur l'internet |
Articles
- Aux marges de l'emploi et du travail public. Les agents stables mais non certifiés par concours dans un musée - Anna Mesclon
À partir d'une ethnographie sociohistorique conduite dans un muséum d'histoire naturelle français, cet article étudie les rapports à l'institution et au travail de personnels permanents de la fonction publique territoriale qui, en CDI ou fonctionnaires, ont en commun d'exercer des missions qualifiées et d'avoir dérogé à la norme du recrutement par concours. Une première partie réinscrit cette norme dans les transformations des muséums de province au tournant du XXIe siècle. Puis, en partant de l'analyse de leur trajectoire, nous montrons que les agents sans concours de ce musée ont, par contraste avec leurs collègues ayant passé un concours, une propension commune à se positionner aux marges de l'institution. D'abord, ils affichent une même difficulté à s'identifier à un groupe en son sein. Ensuite, ils tendent à investir des tâches en phase d'essor ou de déclin, dont la réalisation est peu codifiée et la situation incertaine, loin des territoires d'activité provisoirement « routinisés » au musée. En s'intéressant à l'histoire d'une organisation et à celle de ses agents sous l'angle du concours, cette monographie propose une analyse renouvelée de la dualité de l'emploi public, par-delà le clivage entre titulaires et non-titulaires. Tout en soulignant, sur le plan des conditions d'emploi, les inégalités de traitement nichées derrière la gestion dite individualisée des carrières publiques, elle montre comment, sur le plan des identités professionnelles et du travail, les agents pérennisés qui n'ont pas suivi la voie type du concours travaillent l'institution du dedans, en l'investissant par ses frontières.Based on an investigation in a French museum, this article studies the relationships of permanent staff in the territorial civil service who, whether permanent contracts or civil servants, have in common that they deviate from the norm of recruitment by competitive examination. By returning to their employment trajectory, their definition of their professional identity and the type of tasks they undertake at the museum, we show that they have, in contrast to their competing colleagues and beyond their differences, a common propensity to position themselves at the margins of the institution. First, they display the same difficulty in identifying with a group. Then, they tend to undertake tasks located at the boundaries of the work system, far from temporarily stabilized areas of activity. By paying attention to the history of an organization and that of its agents, this case study offers a renewed analysis of the duality of employment in the public service, beyond the divide between tenured and non-tenured personnel. - Une vision professionnelle en tension. Le cas du photojournalisme - Valentina Grossi
Que voient les professionnels du photojournalisme ? Cet article se propose de revenir sur les compétences perceptives de ces acteurs, à partir d'observations ethnographiques réalisées au service photo de l'Agence France-Presse. La vision des professionnels du photojournalisme est le résultat d'une socialisation professionnelle, de rappels quotidiens et de dispositifs organisationnels particuliers. Si ces constats confirment la pertinence du concept goodwinien de « vision professionnelle », l'objectif de l'article sera aussi d'en complexifier l'analyse. Loin d'être un corpus de savoir-faire applicables mécaniquement, celle-ci est traversée de tensions, ce qui fait des compétences sensorielles des acteurs des processus irréductiblement dynamiques, pouvant faire émerger des styles perceptifs personnels. Dans le cas du photojournalisme ici étudié, l'objectif sera aussi de montrer que ces tensions sont accrues par la division du travail propre à la production des images d'actualité, notamment entre photographes et éditeurs. L'attention portée à la dimension organisationnelle conduira à s'interroger sur la manière dont des visions professionnelles légèrement distinctes donnent lieu à différents modèles de professionnalité.What do photojournalists see? This article examines the perceptual skills of these professionals through an ethnographic study of Agence France-Presse's photo department. Photojournalists' vision is shaped by professional socialisation, daily feedback, and specific organisational devices. While these observations support the relevance of Goodwin's concept of “professional vision,” the concept warrants further examination. Rather than being a set of automatically functioning skills, professional vision is fraught with tensions, indicating that the perceptual activities of these actors are dynamic processes that can lead to the expression of individual styles. The article also demonstrates that these tensions are exacerbated by the division of labour between photographers and editors. The focus on organisational aspects suggests that slightly different professional visions can influence the development of distinct models of professionalism. - Un rapport genré au travail : conscientisation et contestation des inégalités de sexe dans le monde du théâtre - Cécile Talbot
L'article vise à étudier la construction et les effets d'un rapport genré au travail chez les femmes dans le monde du théâtre. À travers les récits de carrière d'aspirantes au métier de metteuse en scène, qui se sont mobilisées contre les inégalités femmes-hommes, il s'attache à montrer comment les rapports sociaux de sexe alimentent, mais aussi entravent les possibilités de contestation des inégalités. Il examine la construction de l'identité professionnelle des femmes artistes, à travers la socialisation professionnelle et les relations de travail. La confrontation à la division sexuelle du travail artistique et à la mise en cause de la valeur de leur travail produit chez ces femmes un sentiment d'illégitimité et un rapport au travail ambivalent, à la fois mobilisé et dévoué. L'engagement dans le groupe militant permet alors seulement en partie de compenser cette illégitimité, qui se reproduit dans le travail militant.The aim of this article is to study the construction and effects of a gendered work relationship among women in the world of theatre. Through the career stories of aspiring female directors who have mobilized against gender inequality, it shows how gender relations both fuel and hinder the possibility of contesting inequalities. It examines the construction of the professional identity of women artists, through professional socialization and work relations. Confrontation with the sexual division of artistic labour and the questioning of the value of their work, produces in these women a sense of illegitimacy and an ambivalent relationship to work. Involvement in the militant group only partly compensates for this illegitimacy, which is reproduced in militant work. - Devenir ingénieur·e écologiste : l'engagement écologiste par et dans le travail d'ingénieur·e - Hadrien Coutant
Cet article vise à comprendre les ressorts et les effets d'un engagement écologique des ingénieur·es par et dans leur travail. La forte visibilité des ingénieur·es dans les mouvements écologistes récents interroge, car iels ont la caractéristique d'être peu politisé·es et de se tenir à distance des grandes questions de société et des mondes militants. L'engagement écologique des ingénieur·es reste bien souvent ancré dans une expertise qui leur est propre, comme le montrent l'émergence du mouvement low tech ou la création d'organisations à la lisière du militantisme et de la recherche-action. L'article analyse les raisons de l'engagement écologique des ingénieur·es par le travail, à la fois idéologiques — congruence du cadrage contemporain d'écologie, centré sur l'expertise et l'enjeu énergie-climat, avec la pensée d'ingénieur·e —, organisationnelles — développement de métiers d'ingénieur·es découlant de l'internalisation relative des contraintes écologiques par les entreprises — et issues de l'activité de travail — critique de la déqualification et de l'aliénation croissante du travail d'ingénieur·e, souvent synthétisé par la formule de « perte de sens du travail ». Il analyse la difficile émergence d'un espace professionnel autonome des ingénieur·es écologistes. Le cas extrême des ingénieur·es de par leur faible engagement politique permet d'éclairer les interactions entre travail et engagement dans les classes supérieures diplômées.This article studies the motivations and effects of ecological commitment by and in the work of engineers. The high visibility of engineers in recent environmental movements in France raises questions, since engineers are not very politicised and keep their distance from major social issues and militant worlds. The ecological commitment of engineers often remains rooted in expertise specific to engineers, as shown by the emergence of the “low-tech” movement and the creation of organisations on the edge of activism and research-action. This article analyses the reasons for the ecological commitment of engineers through their work, simultaneously ideological—the congruence of contemporary ecological framing, centred on expertise and the energy-climate issue, with engineering thinking—, organisational—the development of engineering professions resulting from the relative internalisation of ecological constraints by firms—and work-related—criticism of the deskilling and growing alienation of engineering work, often summarised in terms of the “loss of meaning” at work. It analyses the difficult emergence of an autonomous professional space for ecologist engineers. The extreme case of engineers in terms of low political commitment sheds light on the interactions between work and commitment in the graduate upper classes.
- Aux marges de l'emploi et du travail public. Les agents stables mais non certifiés par concours dans un musée - Anna Mesclon
Comptes rendus
- Juan Sebastian Carbonell, Le Futur du travail - Mathieu Grégoire

- Baptiste Giraud et Camille Signoretto (dir.), Un compromis salarial en crise. Que reste-t-il à négocier dans les entreprises ? - Amandine Michelon

- Pascal Depoorter, Nathalie Frigul, Thomas Venet et Sébastien Vignon (dir), Les Mondes ouvriers : figures de (dé)mobilisations - Jean-Michel Denis

- Daniel Veron, Le Travail migrant. L'autre délocalisation - Théo Guidat

- Claude Didry (dir.), Face au covid, l'enjeu du salariat - Lucas Joubert

- Yoann Demoli et Laurent Willemez, Sociologie de la magistrature. Genèse, morphologie sociale et conditions de travail d'un corps - Émilie Biland

- Sandrine Garcia, Enseignants : de la vocation au désenchantement - Juliette Verdière

- Sarra Chaïeb, À l'épreuve du placement. Des expériences minoritaires en protection de l'enfance - Charlène Charles

- Noémie Paté, Minorité en errance. L'épreuve de l'évaluation des mineurs non accompagnés - Isabelle Lacroix

- Julie Ancian, Les Violences inaudibles. Récits d'infanticides - Margaux Viallon

- Lucile Quéré, Un corps à nous. Luttes féministes pour la réappropriation du corps - Aurore Koechlin

- Marie Ménoret, Sociologie et cancérologie : un regard de biais - Émilie Legrand

- Florian Pisu, Sociologie des conduites suicidaires. Perspectives contemporaines - Nicolas Deffontaines

- Romy Sauvayre, Le journaliste, le scientifique et le citoyen. Sociologie de la diffusion de la défiance vaccinale - Patrick Peretti-Watel

- Matthieu Hély et Maud Simonet (dir.), Monde associatif et néolibéralisme - Alice Pavie

- Geneviève Pruvost, La Subsistance au quotidien. Conter ce qui compte - Pierre Musseau

- Stéphanie Dechézelles, Bataille rangée sur le front éolien. Sociologie des contre-mobilisations énergétiques - Leny Patinaux

- Jean-Noël Jouzel et Giovanni Prete, L'Agriculture empoisonnée. Le long combat des victimes des pesticides - Marie Mathieu, Juliette Froger-Lefebvre

- François Dedieu, Pesticides. Le confort de l'ignorance - Thomas Depecker

- Cécile Asanuma-Brice, Fukushima, dix ans après. Sociologie d'un désastre - Sophie Houdart

- Melchior Simioni et Philippe Steiner (dir.), Comment ça matche ? Une sociologie de l'appariement - Jean-Samuel Beuscart

- Juan Sebastian Carbonell, Le Futur du travail - Mathieu Grégoire


