Contenu du sommaire : Du prince éclairé au despote éclairé
| Revue |
Astérion |
|---|---|
| Numéro | no 32, 2025 |
| Titre du numéro | Du prince éclairé au despote éclairé |
| Texte intégral en ligne | Accessible sur l'internet |
Dossier
- Penser un « prince éclairé » au XVIIIe siècle - Emmanuel Hourcade, Myrtille Méricam-Bourdet
Si l'expression de « despote éclairé » est bien présente dès le XVIIIe siècle, la conceptualisation d'un despotisme éclairé, en tant qu'il constituerait une sorte de modèle politique au siècle des Lumières, n'apparaît qu'à partir de la moitié du XIXe siècle. L'histoire longue de cette idée qui s'enracine dans la théorie politique et se forge à partir de différentes configurations historiques en Europe incite à revenir sur les appropriations et les transformations qui l'ont justifiée et en ont permis la diffusion. De Montesquieu à Catherine II, de L'Esprit des lois au Nakaz, qui s'en inspire constamment, c'est toute la question de l'influence des idées des Lumières sur la politique qui est posée, et que le présent dossier problématise en s'intéressant à la manière dont un pouvoir « éclairé » a pu être pensé au XVIIIe siècle.Although the phrase ‘enlightened despot' was already in use in the 18th century, the conceptualisation of enlightened despotism as a kind of political model during the Enlightenment only appeared in the mid-19th century. The long history of this idea, rooted in political theory and shaped by various historical configurations in Europe, encourages us to revisit the appropriations and transformations that justified it and allowed it to spread. From Montesquieu to Catherine II, from L'Esprit des lois to the Nakaz, which repeatedly references it, the entire question of the influence of Enlightenment ideas on politics is raised, and this issue is explored in the present dossier by examining how ‘enlightened' power was conceived of in the 18th century. - Le prince éclairé : Bacon, Hobbes et… Kant - Jean Terrel
À l'époque moderne, un prince éclairé peut être celui qui met la puissance de l'État au service de la promotion des sciences et des savoirs, celui qui réforme l'État à la lumière de la science politique ou encore celui qui veut réconcilier le libre usage de la raison et l'obéissance aux lois civiles. La rencontre entre les deux premières figures est présente dans les pensées de Francis Bacon et de Thomas Hobbes. Tout en reconnaissant à l'autorité souveraine le droit de gouverner les opinions, Hobbes n'est peut-être pas si éloigné qu'on ne l'imagine de la troisième figure quand il estime que l'obéissance des citoyens doit désormais être volontaire et rationnelle, résulter de leur connaissance lucide du rôle indispensable de l'État pour assurer à tous une vie sociale pacifique.In modern times, an enlightened prince could be one who put the power of the State at the service of promoting science and knowledge, one who reformed the State in the light of political science, or one who sought to reconcile the unrestricted use of reason and obedience with civil laws. The convergence between the first two figures is present in the thoughts of Francis Bacon and Thoams Hobbes. While recognising the sovereign authority's right to govern opinions, Hobbes was perhaps not as far from the third figure as one might think, given that he considered that the obedience of citizens must henceforth be voluntary and rational, resulting from their lucid knowledge of the indispensable role of the State in ensuring a peaceful social existence for all. - « Le grand art de régner » : le Traité du prince de Montesquieu - Catherine Volpilhac-Auger
Comment définir l'art de régner ? Pour Montesquieu, ce n'est pas l'art de gouverner : le prince doit d'abord être prince, agir par l'exemple et surtout ne pas attenter aux lois qui définissent la monarchie en préservant la liberté de ses sujets. Plusieurs opuscules, jamais publiés de son vivant, lui permettent de développer ce thème : « De la politique » (1725) et les Réflexions sur le caractère de quelques princes (sans doute de la même époque) analysent les faiblesses des princes « politiques », émules du machiavélisme. Mais surtout un « traité du prince », rejeté d'autres ouvrages et recueilli en 1748-1750 dans les Pensées, énonce les principes de cet « art » : s'il part de l'obéissance que les sujets doivent au prince, il insiste bien davantage sur les devoirs du prince et la modération que celui-ci doit pratiquer, et même aimer.The art of reigning is defined by Montesquieu as follows: the prince must be a prince, lead by example, and, above all, not infringe the laws that define monarchy by preserving the freedom of his subjects. He developed this theme in several opuscules, never published during his lifetime: “On politics” (“De la politique”, 1725) and Reflections on the character of some princes (Réflexions sur le caractère de quelques princes, probably from the same period). Both analyse the weaknesses of ‘political' princes, emulators of Machiavellianism. But above all, a ‘treatise on the prince', rejected from other works and copied in 1748-1750 in the Pensées, sets out the principles of this ‘art': it begins with the obedience that subjects owe to the prince, but it places greater emphasis on the duties of the prince and the moderation he must uphold, and even love. - « Je déteste le despotisme, mais il faut subordination et justice ». Voltaire et les souverains éclairés - Myrtille Méricam-Bourdet
Prenant pour point de départ les textes rédigés par Voltaire pour justifier la politique de Catherine II dans les années 1760, l'article interroge la manière dont Voltaire envisage la politique de souverains que l'historiographie moderne qualifie de « despotes éclairés », alors même que Voltaire passe pour l'un des penseurs à l'origine de ce concept paradoxal. L'étude montre que les appréciations sur les souverains sont largement dépendantes de considérations pragmatiques et relatives, guidées aussi par un rejet très net de la théorie que Montesquieu donne du despotisme dans L'Esprit des lois.Taking as its starting point the texts written by Voltaire to justify the policies of Catherine II in the 1760s, the article examines how Voltaire viewed the policies of sovereigns whom modern historiography describes as ‘enlightened despots', even though Voltaire is considered to be one of the thinkers who originated this paradoxical concept. The study shows that Voltaire's assessments of sovereigns are largely dependent on pragmatic and relative considerations and guided by a clear rejection of Montesquieu's theory of despotism in The Spirit of the Laws. - La notion de bien public dans les projets réformateurs de Catherine II - Nadezda Plavinskaia
Le bien public représentait un concept majeur dans le vocabulaire législatif de Catherine II, à côté des concepts de Patrie et de patriotisme, avec lesquels il était étroitement lié. L'impératrice a fortement contribué à l'implantation de cette notion dans le discours politique russe, ce que prouvent les préambules des lois qui ont accompagné ses réformes administratives, économiques ou éducatives. Pourtant, dans son interprétation, le bien public était systématiquement assimilé à son intérêt personnel et se confondait facilement avec la raison d'État. On peut constater que Catherine II, qui se posait en disciple de Montesquieu, n'a pas intégré l'approche proposée par l'auteur de L'Esprit des lois qui voyait dans le bien public la vertu politique et le champ de responsabilité collective des citoyens. Elle est restée dans l'ancien paradigme du bien public compris comme le devoir du prince, comme un bienfait que le souverain offre à ses sujets.The public good represented a major concept in the legislative vocabulary of Catherine II, second only to the concepts of Motherland and patriotism, with which it was closely related. The Empress made significant contributions to implementing this concept in Russian political discourse, as evidenced by the preambles of the laws underpinning her administrative, economic, and educational reforms. However, in her interpretation, the public good was systematically equated with her personal interest and was easily confused with the reason of state. It is clear that Catherine II, who posed as a disciple of Montesquieu, did not fully embrace the approach suggested by the author of L'Esprit des lois, who regarded the public good as a political virtue and a collective responsibility of citizens. Instead, she remained in the old paradigm of public good understood as the duty of the prince, as a benefit that the sovereign offers to his subjects. - Les questions de Diderot sur l'état de la Russie, les réponses de Catherine II et la problématique du despotisme éclairé - Sergueï Karp
Les entretiens entre Diderot et Catherine II de Russie sont souvent considérés comme un dialogue entre deux personnes qui incarnent deux mondes opposés ou du moins parallèles, la philosophie des Lumières et le pragmatisme de l'autocrate russe. L'étude du célèbre questionnaire adressé par Diderot à Catherine II lors de son séjour à Saint-Pétersbourg, et des réponses données par l'impératrice au philosophe, nous permet d'éviter l'interprétation simpliste de leurs relations et montre bien dans quelle mesure les idées et les pratiques politiques des Lumières étaient liées.The conversations between Diderot and Catherine II of Russia are often viewed as a dialogue between two persons who embody two contrasting or at least parallel worlds: the philosophy of the Enlightenment and the pragmatism of the Russian autocrat. A study of the questions formulated by Diderot in his famous questionnaire addressed to Catherine II during his stay in Saint Petersburg, and of the empress's answers to the philosopher, allows us to avoid a simplistic interpretation and shows the extent to which the ideas and political practices of the Enlightenment were interconnected. - D'AUTORITÉ à VINGTIÈME : le pouvoir absolu dans les articles de Diderot (et de ses collaborateurs) dans l'Encyclopédie - Eszter Kovács
L'article examine la contestation du pouvoir absolu dans les articles politiques de Diderot et de ses collaborateurs dans l'Encyclopédie. La critique du pouvoir absolu, bien que codée et subtile dans les premiers tomes pour éviter la censure, est constante et cohérente. Cette contestation se manifeste à travers plusieurs stratégies : la négation de l'origine divine de la monarchie, la démonstration des risques de l'absolutisation du pouvoir, le réemploi du jusnaturalisme à des fins morales, et une lecture au second degré des principes hobbesiens. L'étude s'appuie sur des articles clés comme AUTORITÉ POLITIQUE et *DROIT NATUREL, ainsi que sur des textes dont l'attribution à Diderot est désormais contestée (POLITIQUE, SOUVERAINS) et l'article VINGTIÈME de Damilaville. Cette analyse permet également de reconsidérer la notion de « radicalisation » de la pensée politique de Diderot et de mettre en lumière la cohérence de sa critique du pouvoir absolu.The article examines the contestation of absolute power in the political articles written by Diderot and his collaborators in the Encyclopédie. The analysis reveals that the critique of absolute power, although coded and subtle in the early volumes to avoid censorship, remains consistent and coherent. This contestation manifests through several strategies: the denial of the divine origin of monarchy, the demonstration of the risks of absolute rule, a morally oriented reuse of natural law theory, and a second-degree reading of Hobbesian principles. The study refers to key articles such as ‘Autorité politique' and ‘*Droit naturel', as well as texts whose attribution to Diderot is now disputed (‘Politique', ‘Souverains'), and Damilaville's article ‘Vingtième'. This analysis allows us to reconsider the concept of ‘radicalisation' in Diderot's political thought and highlights the coherence of his critique of absolute power. - Un « siècle éclairé » ? Regard sur une expression - Philip Stewart
À mesure que la notion d'ère philosophique se développe au cours du XVIIIe siècle, nombreux sont ceux qui pensent, en s'appuyant sur l'exemple présumé de plusieurs princes « éclairés », qu'un monarque, inspiré par des conseillers imprégnés des sciences nouvelles, conduira ses sujets vers un avenir nécessairement meilleur. Autour de 1770, à la lueur d'une sorte de dialogue virtuel entre Grimm, Holbach, Frédéric II et Diderot, cet espoir commence à s'évanouir : le monarque apparaît plutôt comme un obstacle, et la confiance en cette vision s'effondre. Certains élaborent alors une nouvelle conception où les lumières ne viendraient plus d'en haut mais d'en bas : il ne s'agirait plus désormais d'éclairer le roi mais le peuple. Le pari se fonde alors sur un peuple éclairé, capable de surmonter la résistance des gouvernants et, à long terme, conduire le monde futur. Cette vision est catégoriquement réfutée par Frédéric lui-même, qui dénonce toute tentative d'éclairer le peuple et rejette même cette ambition, la considérant comme contraire aux responsabilités d'un souverain.As the idea of a philosophical era developed over the course of the eighteenth century, many believed that, given the presumed example of various ‘enlightened' princes, a monarch, inspired by advisors imbued with the new sciences, would be the one to lead their subjects towards a necessarily better future. Around 1770, through a sort of virtual dialogue between Grimm, Holbach, Frederick II, and Diderot, this hope began to fade, with the monarch becoming more of an obstacle, and confidence in that vision collapsing. Some envisioned a new idea where enlightenment would come not from on high but from below: the task henceforth would be to enlighten not the king but the people. The wager was on an enlightened people overcoming the resistance of the governors and, in the long term, leading the future world. This vision was categorically refuted by Frederick himself, denouncing any attempt to enlighten the people and even rejecting that ambition as antithetical to the responsibilities of a sovereign. - « La férule du despotisme, même si c'est une main douce qui la gouverne, ne peut que pousser le genre humain devant elle ». Pensée révolutionnaire et figure du souverain dans l'œuvre de Georg Forster - Emmanuel Hourcade
Georg Forster, voyageur, naturaliste et révolutionnaire allemand, propose une réflexion originale sur la place du souverain éclairé dans l'amélioration des conditions de vie des sociétés européennes. Il est d'abord convaincu du caractère bénéfique de l'action d'un prince éclairé, qui doit répandre parmi ses sujets les Lumières de la raison. Pourtant, les observations empiriques de Forster, puis ses considérations sur la science de l'homme, le conduisent peu à peu à remettre en question ce caractère bénéfique. Ses réflexions politiques s'inscrivent dans un questionnement plus large, qui relève de la morale et de l'anthropologie. Voyageur et auteur de récits de voyage, Forster observe empiriquement les conditions de vie des hommes, et s'interroge sur la manière dont ils peuvent se perfectionner et atteindre leurs fins morales. C'est son milieu naturel et social qui façonne l'homme, et Forster est d'abord convaincu que le prince peut jouer un rôle essentiel dans la transformation de ce milieu, et donc dans l'amélioration de l'homme. Or il est le témoin de l'échec des tentatives de réformes des princes éclairés, notamment Joseph II, au début de la période de la Révolution française. D'autres monarques pervertissent le milieu naturel et social de leurs sujets d'une manière telle que toute amélioration individuelle devient impossible. Ces désillusions conduisent Forster à s'engager en politique contre les monarques.Georg Forster, a German traveller, naturalist and revolutionary, offers an original perspective on the role of the enlightened sovereign in improving the living conditions of European societies. At first, he believed in the benefits of an enlightened monarch's actions, who should spread the Enlightenment among his subjects. However, Forster's empirical observations, followed by his considerations on the science of man, gradually led him to question this beneficial character. His political reflections are part of a broader reflection on morality and anthropology. As a traveller and author of travel literature, Forster observed human living conditions empirically and wondered how people could better themselves and achieve their moral goals. Man is shaped by his natural and social environment, and Forster was initially convinced that the sovereign could play an essential role in transforming this environment, thereby improving Man. Yet he witnessed the failure of reform efforts by enlightened monarchs, notably Joseph II, at the beginning of the French Revolution. Other sovereigns perverted the natural and social environment of their subjects to such an extent that individual improvement became impossible. These disillusionments led Forster to take a political stance against sovereigns.
- Penser un « prince éclairé » au XVIIIe siècle - Emmanuel Hourcade, Myrtille Méricam-Bourdet
Varia
- Malaise dans le trouble. À partir de la théorie des complexes familiaux de Jacques Lacan - Stéphane Olivesi
Dans l'explication des troubles mentaux et de leur genèse, la psychanalyse a très tôt tourné le dos à la prise en compte de facteurs sociaux et, plus généralement, de facteurs autres que psychiques. Pourtant, si l'on relit les premiers travaux de Jacques Lacan, notamment sa théorie des complexes familiaux, on observe une prise en compte de la manière dont l'environnement social est amené à façonner la subjectivité. L'article se propose par conséquent de revisiter l'œuvre de Lacan, en particulier ses travaux de la période « préstructuraliste », avec un triple objectif : expliciter en quoi la psychanalyse aurait pu élargir singulièrement notre compréhension des troubles mentaux par la mise au jour de facteurs divers et variés qui, par hypothèse, peuvent être amenés à jouer un rôle dans la genèse de ces mêmes troubles ; prendre la mesure du repli de la psychanalyse sur elle-même et de son ignorance de la manière dont le social agit sur les sujets ; montrer, enfin, que l'œuvre de Lacan, sous certaines conditions, propose des clés de compréhension de la manière dont la subjectivité résulte d'un modelage du sujet au fil de sa socialisation et des aléas de son existence.In explaining mental disorders and their genesis, psychoanalysis very early turned its back on taking into account social factors and, more generally, factors other than psychological ones. However, if we reread the early works of Jacques Lacan, in particular his theory of family complexes, we observe an awareness of the way in which the social environment is brought to shape subjectivity. The article therefore proposes to revisit Lacan's work, in particular his works from the “prestructuralist” period, with a triple objective: to explain how psychoanalysis could have significantly broadened our understanding of mental disorders by uncovering diverse and varied factors that, by hypothesis, may be brought to play a role in the genesis of these same disorders; to take the measure of psychoanalysis' withdrawal into itself and its ignorance of the way in which the social acts on subjects; to show, finally, that Lacan's work, under certain conditions, offers keys to understanding the way in which subjectivity results from a shaping of the subject over the course of his socialization and the vagaries of his existence. - Expérience fondamentale et expérience historique de la sexualité selon Michel Foucault - Daniel Liotta
Dans La volonté de savoir, Foucault propose une critique de la « scientia sexualis » : ce savoir de la « sexualité » repose sur une synthèse fallacieuse de phénomènes physiques et psychiques fort dissemblables et il soumet les sujets aux pouvoirs d'une supposée rationalité herméneutique et à des contraintes normatives qu'il faut éliminer. Deux ordres de questions s'imposent alors. D'une part : que convient-il de substituer au régime de savoir et de pouvoir de la « sexualité » ? Suffit-il de valoriser « les corps et les plaisirs » afin de lutter contre le « dispositif de la sexualité » ? D'autre part, l'expérience que nous appelons, faute de mieux, sexuelle est-elle réductible à l'idée de la « sexualité » ? Les travaux menés après La volonté de savoir proposent des réponses. Ainsi, Foucault se réfère à une « expérience fondamentale » de la sexualité qu'il distingue de l'idée moderne de « sexualité ». Cette expérience fonde la continuité de l'enquête généalogique : sans ce fondement, cette enquête, qui trouve son origine dans l'éthique grecque des plaisirs et s'achève avec la « scientia sexualis », ne serait qu'une succession de rationalités hétérogènes sans fil directeur. De plus, Foucault s'instruit de cette éthique afin de ré-interpréter l'expérience fondamentale de la sexualité et de proposer une morale des plaisirs délivrée des impératifs herméneutiques et normatifs. Il convient alors de s'interroger sur ce que peut nous apprendre cette morale sur cette expérience.In The Will to Knowledge, Foucault offers a critique of ‘scientia sexualis'. This knowledge of ‘sexuality' is based on a fallacious synthesis of very dissimilar physical and psychological phenomena, and subjects them to the powers of a supposed hermeneutic rationality and normative constraints that must be eliminated. This raises two kinds of questions. On one hand, what should replace for the regime of knowledge and power of ‘sexuality'? Is it enough to value ‘bodies and pleasures' in order to combat the ‘device of sexuality'? On the other hand, is the experience we call, for want of a better word, sexual, reducible to the idea of ‘sexuality'? The work carried out after The Will to Knowledge suggests some answers. Foucault refers to a ‘fundamental experience' of sexuality, which he distinguishes from the modern idea of ‘sexuality'. This experience is the foundation of the continuity of the genealogical inquiry: without it, this inquiry, which begins with the Greek ethics of pleasure and ends with ‘scientia sexualis', would be nothing more than a succession of heterogeneous rationalities with no guiding thread. Moreover, Foucault draws on this ethic to reinterpret the fundamental experience of sexuality and to propose a morality of pleasure free of hermeneutic and normative imperatives. We must then ask ourselves what this morality can teach us about this experience.
- Malaise dans le trouble. À partir de la théorie des complexes familiaux de Jacques Lacan - Stéphane Olivesi


